Le deuxième tour des élections municipales aura donc lieu le 28 juin. A Ivry, l’annonce de la fusion entre la liste « Ensemble pour Ivry » et la composante Europe Ecologie-Les Verts de la liste « Ivry Demain » génère de nombreuses interrogations, voire des commentaires amers et pour certains malveillants, allant jusqu’à parler de « trahison » et de « magouilles ».

Je souhaiterais apporter quelques éclaircissements sur cette situation, dont je comprends qu’elle puisse sincèrement questionner. Il est vrai qu’au regard du résultat de notre liste au premier tour (5570 voix soit 48,65 % des suffrages), cette fusion n’était pas une nécessité absolue pour l’emporter au second tour. La main tendue en direction de la  liste « Ivry Demain » est donc bien un choix politique de rassemblement, débattu et décidé majoritairement par les candidat.e.s de notre liste.

Ce choix politique se fonde avant tout sur la cohérence de notre démarche politique, claire depuis le début de la campagne du premier tour : celle de rassembler le plus largement possible les citoyen.ne.s et les forces de gauche progressistes et écologiques pour continuer à faire d’Ivry cette ville porteuse de valeurs fortes, de politiques publiques ambitieuses dans de nombreux domaines qui lui sont reconnues par-delà les frontières communales. « Jusqu’au dernier moment, je vous propose de ne rien lâcher sur cette exigence d’union », disais-je le 10 octobre 2019, lors du lancement de la campagne à la Maison de la Citoyenneté Jean-Jacques-Rousseau.

Après la période inédite que nous venons de vivre, cette nécessité du rassemblement me semble encore plus évidente. La période de confinement a mis violemment en évidence les inégalités subies par un nombre croissant de nos concitoyen.ne.s. La crise sanitaire a également souligné l’affaiblissement de la France sur un enjeu aussi essentiel que la santé : l’accès aux soins pour tou.te.s, la dépendance sur l’enjeu du médicament, l’asphyxie des hôpitaux… Cette crise ne vient pas de nulle part : elle est une conséquence directe de la mondialisation libérale qui, d’une part, bouleverse notre écosystème planétaire, rendant possible le fait que les virus passent la barrière des espèces ; et d’autre part, affaiblit les services publics et notre capacité collective à affronter une crise sanitaire qui, avec un système de santé n’ayant pas subi toutes les politiques d’austérités de ces dernières années, aurait généré moins de dégâts humains, économiques et sociaux.

La conscience grandit autour de l’idée que si nous laissons faire Macron, le jour d’après peut être pire que celui d’avant : je pense que c’est l’immense danger qui nous guette. On mesure déjà que les entorses faites aux droits des salarié.e.s, les restrictions de nos libertés individuelles et collectives ou encore la déstructuration de l’école de la République, expérimentées pendant la crise sanitaire, font de cette dernière le laboratoire de mutations de société qui ne seront assurément pas à l’avantage du plus grand nombre. La crise économique, sociale et environnementale à laquelle nous allons devoir faire face appelle la construction d’une alternative politique de haut niveau qui ne se concrétisera pas sans mobilisation citoyenne et sans rassemblement des forces politiques de progrès.

Dans un tel contexte, il était impossible de ne pas créer les conditions de l’unité des forces de gauche progressistes et écologistes à Ivry. C’est en ce sens, et par respect pour les 22,10 % d’électrices et d’électeurs qui ont porté leur suffrage au premier tour sur la liste conduite par Sabrina Sebaihi, que nous avons ouvert la possibilité d’une fusion de nos listes, respectueuse de l’expression démocratique des Ivryen.ne.s. Le cadre de cette proposition était clair : un nombre d’élu.e.s équivalent à ce que cette liste aurait pu espérer en se maintenant au second tour, une responsabilité d’adjoint.e au maire pour Europe Ecologie-Les Verts (EELV) et une autre pour la France Insoumise (FI). Bien sûr, nous avions exclu la possibilité d’intégrer les représentants locaux du Parti socialiste (PS) dans cette dynamique, eu égard à leur posture d’opposition virulente depuis 2014, démontrant une opposition franche et assumée avec notre politique municipale. Nous avons également été clairs sur le fait qu’aucun des candidats ayant exprimé, au  cours de la campagne, des valeurs contraires à celles que nous portons, ne pouvaient intégrer notre liste. Je fais ici référence aux expressions relatées dans Le Monde et Valeurs Actuelles, accusant notre liste et la majorité sortante « d’intégrisme », « de communautarisme », « d’indigénisme », « de compromission avec les dealers », « de non respect de la laïcité et de la République »… de tels propos n’ayant jamais été clairement démentis.

Il ne s’agit pas là de faire notre « marché » pour faire disparaître du conseil municipal des voix discordantes, comme certain.e.s ont pu le dire. Mais chacun.e comprendra que notre proposition de rassemblement ne pouvait se faire que sur des bases claires et assumables devant les Ivryen.ne.s.

Comme je l’ai déjà exprimé, je regrette sincèrement que seul.e.s les candidat.e.s d’EELV aient saisi notre offre de rassemblement. La rumeur qui circule, selon laquelle cette proposition ne serait pas parvenue à la FI, m’étonne au plus haut point. D’une part, parce que la lettre par laquelle j’ai formulé cette proposition à Sabrina Sebaihi, suite à la décision majoritaire de mes colistier.e.s, a très rapidement circulé sur les réseaux sociaux, à l’initiative de candidat.e.s de la liste « Ivry Demain » opposé.e.s à cette fusion ; d’autre part, parce que sur ces mêmes réseaux sociaux, des dirigeant.e.s locaux de la FI ont publiquement exprimé leur opposition à un rassemblement avec notre liste, persistant dans la logique d’opposition ayant guidé la campagne du premier tour. Si notre rassemblement de second tour n’est pas aussi large que nous aurions pu le souhaiter, ce n’est donc pas un défaut d’information, mais bien un choix politique des responsables de la FI.

Ceux qui, à gauche, parlent de « magouilles » ou de « trahison » concernant ce rassemblement commettent à mon sens une profonde erreur d’analyse. L’anomalie politique, c’était la configuration du premier tour. C’était l’étrange attelage entre Europe Ecologie-Les Verts, la France Insoumise et le Parti socialiste. Quand une union n’a comme seul ciment que le « dégagisme », rien d’étonnant à ce qu’elle ne tienne pas dans la durée.

Finalement, l’arrivée des écologistes dans l’arc de rassemblement politique et citoyen qu’ils auraient dû intégrer dès le début est totalement logique. Elle se situe dans le prolongement de deux mandats durant lesquels nous avons œuvré ensemble au sein de majorités municipales rassemblant diverses sensibilités de gauche.

Ce qui est moins logique en revanche, c’est cette posture d’opposition jusqu’au-boutiste des responsables locaux de la FI et du PS, qui même après le résultat du premier tour, ne les conduit visiblement pas à s’interroger sur leur propre stratégie. Accepter le verdict du suffrage universel, reconnaître ses erreurs d’analyse et les corriger, ce n’est jamais un manque de dignité, c’est au contraire une preuve d’intelligence politique.

Le 28 juin, ce sera donc un affrontement électoral entre d’un côté, notre liste de rassemblement de la gauche, des écologistes et des citoyen.ne.s ; et de l’autre, la droite et les représentant.e.s de Macron. Dans un scrutin proportionnel comme l’élection municipale, chaque bulletin peut permettre de faire élire un.e candidat.e supplémentaire. J’appelle donc les Ivryen.ne.s à une mobilisation exceptionnelle : pas une voix ne doit manquer pour faire entrer au conseil municipal le plus grand nombre possible de femmes et d’hommes de gauche, écologistes et citoyen.ne.s !

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